Faire un faux CV pour mesurer les discriminations

 

Comment prouver qu’on est discriminé ?

Le problème c’est qu’une discrimination c’est un peu comme un « trou noir ». Difficile à observer, autrement que par ses effets. Comment faire alors pour passer de l’expérience subjective du traitement injuste à une mesure objective du phénomène ?

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C’est tout l’art des sciences sociales que de trouver des méthodes pour traduire ces perceptions ressenties par des individus singuliers en données objectivées et quantifiables. C’est sur celles-ci que l’on pourra se fonder pour envisager des politiques de lutte contre ces traitements injustes d’individus et/ou de groupes déterminés au sein d’une société.

Une discrimination n’est pas une simple inégalité de fait mais une différence de traitement injuste entre des personnes, qui produit de l’inégalité (écarts salariaux entre hommes et femmes ; différences d’accès à l’emploi ou au logement entre la population majoritaire et les descendants d’immigrés, etc.).

La discrimination résulte d’une action. Il faut donc en identifier le ou les agents afin d’y remédier. Mais la discrimination n’est pas toujours intentionnelle. Celui qui en est l’auteur n’a pas toujours conscience de cette différence de traitement qu’il induit ou de son caractère injuste. Et puis il y a des pratiques diffuses de discrimination dont personne ne se sent vraiment responsable qui participent des moeurs, des préjugés, des mentalités ancrées dans une société (habitudes sexistes, par exemple).

Il est difficile dans ces cas d’en désigner précisément les auteurs. Du coup, comment prouver qu’un acte de discrimination a été commis alors qu’il n’y pas d’auteur identifiable ?

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Ce sont ces discriminations « indirectes » ou involontaires qu’on peut tenter de révéler, en mesurant les écarts effectifs de traitement, sans fondement justifiable, entre des personnes ou des groupes, indépendamment du dessein de leur auteur.

Plusieurs méthodes peuvent être utilisées et combinées par les chercheur-e-s pour détecter et quantifier les discriminations : on peut mesurer des écarts entre des groupes pour lesquels il existe des « présomptions de discriminations » et la population majoritaire; on peut mesurer les discriminations à partir des déclarations et des témoignages des individus. On peut aussi  reproduire une situation discriminatoire de façon expérimentale. C’est la méthode du testing. Celle-ci consiste à comparer deux types de candidats en tous points identiques à une exception près, la caractéristique testée (par exemple l’origine, le lieu d’habitation, la consonance des nom et prénom, etc.), soumis au même processus de sélection (embauche, entrée en boite de nuit, recherche de logement, etc.). Dès lors qu’il y a un résultat plus favorable pour l’un que pour l’autre, alors on peut conclure qu’il y a discrimination.

Voici un exemple de ce qu’on peut apprendre grâce à la méthode du « testing ». « Un candidat de nationalité française avec un nom et un prénom français a, en moyenne, entre 1,5 et 3 fois plus de propositions d’entretien d’embauche qu’un français d’origine marocaine. » (données fournies par l’Observatoire des inégalités, 13 juin 2007)

C’est à un atelier d’initiation au « testing », intitulé « De l’inégalité à la discrimination : une question de mesure », animé par Dominique Meurs, économiste, Mathieu Ichou, sociologue, et Louise Caron, doctorante en sciences politiques,  tous trois chercheurs à l’INED, que les élèves de terminale ES du Lycée Dorian ont été conviés dans les locaux de l’INED,  à l’occasion de la Fête de la science.

Sous la conduite de ces trois chercheures en économie et en sociologie, les élèves ont été initiés à la recherche en sciences sociales et invités à réfléchir sur les notions d’inégalité et de discrimination.  Ils et Elles ont joué le rôle des chercheur-e-s en s’essayant à l’élaboration de faux CV pour mesurer les discriminations à l’embauche selon le sexe, les noms et prénoms des candidat-e-s, ou leur adresse.

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Pour en savoir plus :
Les discriminations : une question de minorités visibles
Le chômage des immigrés : quelle est la part des discriminations ?

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